Il y a quelques nuits, je me suis réveillée incapable de me rendormir.
Au départ, j’ai cru que quelque chose me préoccupait.
C’est souvent ce qui nous réveille au milieu de la nuit, n’est-ce pas?
Une inquiétude.
Une décision à prendre.
Une conversation qui tourne en boucle.
Une peur que l’on n’a pas encore nommée.
Alors, allongée dans le noir, j’ai fait ce que je fais souvent : je me suis demandé ce qui se passait exactement.
Et la réponse m’a surprise.
Je n’étais pas inquiète.
J’étais enthousiaste.
Je ressentais un mélange de fébrilité, de fierté et d’anticipation.
Comme si quelque chose en moi savait que j’étais en train de me rapprocher d’un projet qui m’habite depuis longtemps.
Et c’est là qu’une autre question est apparue.
Pourquoi avons-nous tant de facilité à anticiper ce qui pourrait mal aller… et tant de difficulté à imaginer ce qui pourrait bien se passer?
Notre cerveau est remarquablement efficace lorsqu’il s’agit de prévoir les problèmes.
Il imagine les obstacles.
Les refus.
Les erreurs.
Les déceptions.
Il élabore des scénarios détaillés de tout ce qui pourrait ne pas fonctionner.
Et, bien souvent, nous appelons cela être réaliste.
Pourtant, lorsque nous nous permettons d’imaginer qu’un projet puisse réussir, qu’une relation puisse s’épanouir, qu’un changement puisse nous faire du bien ou qu’un rêve puisse prendre forme, nous avons parfois l’impression d’être naïfs.
Comme si espérer demandait davantage de courage que craindre.
Je me rends compte que plusieurs des moments les plus marquants de ma vie ont d’abord existé dans mon imaginaire.
Certaines retraites.
Des expériences immersives à l’étranger.
Des projets qui me semblaient immenses au moment où ils n’étaient encore qu’une idée griffonnée dans un carnet.
À l’époque, ils n’étaient pas réels.
Ils vivaient simplement quelque part en moi.
Et pourtant, un jour, ils ont pris forme.
Pas toujours comme je l’avais imaginé.
Pas sans détours.
Pas sans défis.
Mais ils ont fini par exister.
Je crois que nous sous-estimons parfois l’importance d’accorder de l’espace à ce qui nous appelle.
Pas seulement pour l’entendre.
Mais pour commencer à croire que cela mérite une place dans notre réalité.
Car il y a une différence entre reconnaître un désir et lui permettre d’exister.
Entre sentir un élan et lui faire suffisamment confiance pour avancer vers lui.
Entre rêver et considérer que ce rêve pourrait réellement nous appartenir.
Depuis quelque temps, je travaille sur un projet qui me tient profondément à cœur.
Et ce qui me surprend le plus n’est pas la quantité de travail qu’il demande.
C’est le travail intérieur qu’il exige.
Celui qui consiste à croire qu’il est possible.
À imaginer qu’il puisse trouver sa place.
À envisager que ce qui vit en moi depuis longtemps puisse aussi trouver sa place dans le monde.
Peut-être que c’est cela, au fond, revenir à soi.
Non seulement entendre ce qui vit en nous.
Mais commencer à croire que cela mérite d’exister.
Et que parfois, anticiper le meilleur n’est pas faire preuve d’optimisme naïf.
C’est simplement cesser de croire que nos peurs sont plus crédibles que nos aspirations.
Je ne sais pas ce qui t’ habite en ce moment.
Un projet.
Une envie.
Un changement.
Une intuition.
Mais peut-être qu’aujourd’hui, la question n’est pas :
« Et si ça ne fonctionnait pas? »
Peut-être que la question est :
« Et si cela fonctionnait mieux que je ne l’imagine? »

