Pendant longtemps, j’ai cru que ralentir serait quelque chose de simple.
Comme si le corps allait naturellement accueillir le repos lorsqu’il en avait besoin.
Mais honnêtement, ce n’est pas du tout mon expérience.
Je suis une personne qui a énormément d’énergie.
Et cette énergie cohabite avec quelque chose de très vivant en moi :
- une grande curiosité,
- une envie d’explorer,
- de comprendre,
- de découvrir,
- de ressentir,
- d’expérimenter la vie intensément.
J’ai longtemps eu l’impression de vouloir tout voir.
Tout vivre.
Tout sentir.
Comme s’il fallait profiter de chaque instant au maximum.
Et je me suis particulièrement rendu compte de cela pendant mes voyages.
À cette époque, j’enseignais encore, puis à la fin de l’année scolaire, je partais souvent seule dans de grandes aventures à l’autre bout du monde.
La Thaïlande.
Bali.
Le Vietnam….
Avec douze heures de décalage horaire, un sac à dos, beaucoup d’imprévus… et cette espèce d’élan presque compulsif de vouloir tout découvrir.
Quand l’intensité devient une façon de vivre
J’avais envie de voir tous les endroits.
Chaque expérience semblait importante.
Comme si ralentir risquait de me faire passer à côté de quelque chose.
Mais après quelques semaines, je me retrouvais souvent complètement essoufflée.
Fatiguée.
Parfois même vidée intérieurement.
Parce qu’on oublie que les voyages sac à dos, malgré leur beauté, demandent énormément d’adaptation :
- l’instabilité,
- les déplacements,
- le manque de repères,
- les nouvelles cultures,
- les horaires,
- le bruit,
- les décisions constantes.
Tout cela demande énormément d’énergie au système nerveux.
Et à un moment donné, j’ai compris quelque chose d’important.
J’ai réalisé qu’il fallait peut-être faire le deuil de l’idée de tout voir, tout vivre et tout expérimenter.
Parce que ce n’est tout simplement pas possible.
Mais peut-être que l’exploration du ralentissement, elle, était possible.
Le système nerveux et le besoin constant de mouvement
Et je ne dirais pas que c’est facile pour moi aujourd’hui.
Pas du tout.
Je commence simplement à apprivoiser quelque chose de différent.
Comme une espèce de bête sauvage intérieure qui a longtemps associé :
- intensité avec vitalité,
- mouvement avec sécurité,
- stimulation avec le sentiment d’être pleinement vivante.
Et je pense honnêtement que plusieurs d’entre nous fonctionnent comme ça sans même s’en rendre compte.
Parce qu’il y a parfois quelque chose de profondément inconfortable dans le calme.
Comme si, lorsqu’on ralentit vraiment, certaines choses remontaient à la surface :
- la fatigue,
- les émotions,
- le vide,
- les inquiétudes,
- ou simplement ce qui était maintenu à distance par le mouvement constant.
Alors on continue.
On remplit.
On accélère.
On s’occupe.
Pourtant, avec le temps, je réalise que le véritable danger n’est peut-être pas de ralentir…
Le danger, c’est peut-être plutôt de s’épuiser à force de toujours vouloir être en mouvement.
Je pense aujourd’hui qu’il existe parfois une mauvaise compréhension du système nerveux à l’intérieur de nous.
Comme si le corps avait appris que :
intensité = vie.
Alors que la sécurité intérieure se construit souvent dans quelque chose de beaucoup plus doux.
Plus lent.
Plus conscient.
Apprendre à ralentir autrement
Tranquillement, j’apprends que ralentir ne signifie pas arrêter de vivre.
Ça peut simplement vouloir dire :
- être davantage présente,
- ressentir autrement,
- choisir plus consciemment,
- et arrêter de croire qu’il faut absolument tout expérimenter pour que la vie ait de la valeur.
Et honnêtement, je pense que ralentir demande énormément de courage dans un monde qui nous pousse constamment à accélérer.
Peut-être que ralentir ne consiste pas à devenir parfaite dans le calme.
Peut-être que c’est simplement apprendre à revenir vers soi un peu plus souvent.
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Odyssée Karine Godin

