Pendant longtemps, j’ai cru que mon corps allait simplement suivre le rythme que je lui imposais.

Comme s’il pouvait toujours s’adapter.

Toujours tenir.

Toujours continuer.

Et honnêtement, pendant plusieurs années… c’est ce qu’il a fait.

Il a suivi les horaires chargés.

Les responsabilités.

Les projets.

Les voyages.

Les périodes de stress.

Les transitions.

Les émotions que je prenais parfois peu de temps à écouter.

Puis tranquillement, j’ai commencé à remarquer certaines choses.

La fatigue qui s’installait plus profondément.

Le sommeil moins réparateur.

La difficulté à réellement décrocher.

Cette sensation d’être constamment « en mouvement » intérieurement, même dans les moments de calme.

Comme si le système nerveux demeurait en état d’alerte malgré le silence autour.

Et je pense que plusieurs personnes vivent cela sans nécessairement faire le lien.

Parce qu’on apprend souvent à écouter notre corps seulement lorsqu’il crie très fort.

Quand il n’est plus capable.

Quand l’épuisement devient impossible à ignorer.

Pourtant, le corps parle bien avant ça.

Une déconnexion que je ne voyais même pas

Je me rappelle d’un moment très précis pendant ma formation professorale en yoga.

Nous étions assis au sol, les jambes allongées devant nous, puis la professeure nous a demandé quelque chose de très simple:
écarter les orteils.

Ça semblait tellement facile pour plusieurs personnes autour de moi.

Mais pas pour moi.

C’était presque impossible.

Et ce n’était pas seulement une question de mobilité, mais ce moment-là m’a fait réaliser quelque chose de beaucoup plus profond : je n’étais pas réellement connectée à mon corps.

Je ne m’étais jamais questionnée sur mes orteils.

Sur mon ancrage au sol.

Sur la façon dont mon corps habitait l’espace.

Comme si certaines parties de moi existaient simplement en arrière-plan, jusqu’au moment où elles faisaient mal.

Et honnêtement, cette prise de conscience m’est revenue comme le ressac d’une vague.

Parce que lorsque je regardais mon parcours, je réalisais que plusieurs moments où je connectais à mon corps étaient associés à la douleur :

  • les maux de dos,
  • les douleurs musculaires,
  • les tensions,
  • l’insomnie,
  • les inconforts physiques,
  • les problèmes musculosquelettiques.

Comme si le corps devait souffrir avant que je prenne réellement le temps de l’écouter.

Quand le corps devient un signal d’alarme

Je pense que plusieurs personnes vivent quelque chose de semblable.

Nous avançons souvent en fonction de ce que nous devons accomplir :

  • travailler,
  • performer,
  • répondre,
  • gérer,
  • tenir le rythme.

Et tranquillement, nous devenons parfois très bons pour ignorer les signaux subtils.

Jusqu’au moment où le corps finit par parler plus fort.

Avec le temps, j’ai commencé à mieux comprendre le fonctionnement du système nerveux.

Et surtout, à réaliser que le corps ne cherche pas à nous compliquer la vie.

Il essaie souvent de nous protéger.

Lorsqu’une personne vit beaucoup de stress, de pression, d’hyperadaptation ou d’hypervigilance pendant longtemps, le corps peut finir par croire que cet état est devenu normal.

Alors même lorsque le danger n’est plus réellement présent…
l’organisme continue parfois d’agir comme s’il devait rester prêt.

Prêt à anticiper.

Prêt à réagir.

Prêt à performer.

Et tranquillement, cela demande énormément d’énergie intérieure.

Je pense sincèrement que plusieurs personnes ne sont pas “faibles”.

Elles sont simplement fatiguées d’avoir porté trop longtemps un état de tension intérieure constant.

Apprendre à écouter autrement

Aujourd’hui, je tente d’être beaucoup plus attentive et douce envers moi-même.

J’essaie davantage d’écouter mon corps en temps réel.

Parce que la réalité, c’est que nos capacités physiques changent constamment.

D’un jour à l’autre.

Parfois même d’un moment à l’autre.

Et il y a quelque chose de profondément différent dans le fait :

  • de le voir,
  • de l’accueillir,
  • de respecter ses limites,
  • sans chercher constamment à pousser plus loin.

Pendant longtemps, j’ai cru qu’il fallait toujours dépasser le corps pour avancer.

Aujourd’hui, je pense parfois que la vraie transformation commence lorsqu’on cesse de forcer.

Quand on apprend tranquillement à collaborer avec soi-même plutôt qu’à se combattre intérieurement.

Et honnêtement, pour moi, cela a été un point de départ extrêmement important.

Pas vers la perfection.

Mais vers une relation plus consciente, plus douce et plus humaine avec mon propre corps. Un pas à la fois…

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Odyssée Karine Godin